De la confusion entre l’ère du Verseau et la régence de saint Michel

Depuis la Renaissance et jusqu’en 3573 l’humanité traverse l’époque de civilisation liée à l’ère des Poissons[1]. Nous terminons à peine le premier tiers de cette ère. Mille cinq cents ans environ nous séparent encore de l’ère suivante qui sera l’ère du Verseau. Pourtant la certitude tenace que nous serions déjà entrés dans l’ère du Verseau ne cesse de s’étendre dans le monde spiritualiste. Une croyance dont la plupart n’ont pas la moindre idée de l’origine ni de ce dont il s’agit. En France, la source est le livre de Paul Le Cour (1861-1954) : « L’Ère du Verseau. Le Secret du zodiaque, le proche avenir de l’humanité » publié en 1937. Écrivain, ésotériste et astrologue français, Paul Le Cour fut le premier, dès 1930 dans la revue « Atlantis », et en 1937 avec la première édition de ce livre, à exposer de manière claire, dans un style limpide, les caractéristiques de l’ère dans laquelle l’humanité devait bientôt entrer après les douleurs de l’enfantement. L’auteur détaille la loi scientifique de la précession des équinoxes en s’appuyant sur la « Tradition primordiale » à travers l’évolution de l’humanité. La loi des cycles connue de toutes les civilisations traditionnelles, mais méconnue de nos jours, donne la clé pour comprendre monde dans lequel nous vivons et son devenir proche. Selon Paul Le Cour l’humanité vit actuellement les signes avant-coureurs prédits depuis deux millénaires et parfois plus, qui annoncent, après des tribulations souvent douloureuses, une nouvelle Révélation, c’est le sens exact du mot Apocalypse, par les forces de la Création, pour une humanité régénérée. Selon lui, l’ère des Poissons a commencé à la Venue du Christ (le poisson est justement le symbole du christianisme ; en Grec ichtus – poisson – est formé des premières lettres de la phrase « Iesous Christos Theos Uios Soter », qui signifie « Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur »). Le Christ ayant inauguré l’ère des Poissons il y a 2.000 ans, l’ère nouvelle du verseau devrait commencer autour de l’an 2160… Il est donc persuadé que nous serions sur le point de quitter l’ère des poissons, période à dominance religieuse et belliqueuse pour entrer dans l’ère du verseau, qui sera, selon ses prévisions, une époque d’harmonie retrouvée. L’ère des poissons achevée signerait la mort d’une représentation dépassée du Christ, nuisible au Christianisme. Le maître de l’âge du verseau sera un nouveau Christ, car le Christ des chrétiens est mort. L’ère du verseau verra le Retour du Christ que le signe du Verseau annonce depuis des siècles, comme le signe des Poissons zodiacaux avait annoncé sa première Venue.

Les idées véhiculées par Paul Le Cour n’étaient pas nouvelles. Elles s’inspiraient d’un mouvement, d’une forme-pensée anglo américains connu sous le nom de Théosophie. La Société de Théosophie fut fondée aux USA en 1875, par Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) et le colonel Henry Steel Olcott (1832-1907). La Théosophie serait l’héritière des penseurs mystiques occidentaux tels Jacob Böhme (1575-1624). Mais la doctrine propagée par la Société nouvelle n’a rien à voir avec celle des siècles passés. Lorsqu’en 1888 Madame Blavatsky, médium d’exception, transmet la Doctrine secrète à l’initiative des Maîtres de Sagesse (principalement Koot-Humi et Morya), cela fait l’effet d’une bombe tant cet enseignement était clair, précis mais aussi attendu depuis très longtemps. Le travail impressionnant qu’a effectué Madame Blavatsky, dans la rédaction de ses ouvrages ainsi que l‘énorme diffusion qui s’en est suivie dans de nombreux pays du monde fait que tout le 20e siècle ésotérique jusqu’à aujourd’hui est auréolé de ce que la « vieille dame » a transmis et c’est à elle que nous devons en partie toutes les notions qui circulent dans la littérature profane comme le karma ou la réincarnation. Les Maîtres de la Grande Loge Blanche « canalisés »[2] par Helena Blavatsky sont des êtres mystérieux, gardiens des vérités oubliées, les « Supérieurs Inconnus » vivant dans un sanctuaire sacré de l’Himalaya (le royaume de Shamballa). Ce sont eux qui désormais enseigneront la réalité du Christ à l’humanité.

Après d’Helena Blavatsky c’est la féministe Annie Besant (1847-1933) qui prend la suite, puis Alice Bailey (1880-1949). Cette dernière est aussi médium. Elle canalise un initié de la « Grande Loge Blanche », connu sous le nom de Djwal Khool et dont le surnom est « le Tibétain ». Il révèle que l’humanité va entrer prochainement dans un âge d’or et que le Christ en personne va prendre le contrôle des affaires terrestres. L’âge d’or sera possible lorsque les hommes auront constitué un nouvel ordre mondial, fondé sur une civilisation planétaire globale et une religion mondiale unique. Alice Bailey prend des dispositions concrètes pour que les prédictions de son maître puissent advenir. Elle fonde en 1922 la Lucis Trust (à l’origine Lucifer Trust), puis l’École Arcane en 1923, la Bonne Volonté Mondiale en 1932, et les Triangles en 1937. Le but de la Lucis Trust est de : « promouvoir l’éducation de l’esprit humain vers la reconnaissance et la pratique des principes et des valeurs spirituelles sur lesquels peut se fonder une société mondiale stable et interdépendante » ; elle est très soutenue dans son entreprise puisque le principal donateur de la Lucis Trust est la fondation Rockefeller. L’ordre mondial qui sera dirigé par le Christ et ses disciples doit être préparé par de grands organismes internationaux. La création de l’ONU en octobre 1945 à St Francisco est la première pierre d’un nouvel ordre mondial s’instaurant sur la base de l’occulte et des principes maçonniques. La Lucis Trust est un peu la « marraine » de l’ONU qu’elle inspire et dont elle oriente les buts, comme elle le fait pour tous les organismes mondiaux créés par la suite (l’UNESCO, l’OMS, Greenpeace International, Greenpeace USA, Amnesty International, l’UNICEF, le FMI, etc.). Les prédictions de Djwal Khool ont été faites avant que ces organismes n’aient été mis en place, c’est dire combien les messages du Tibétain ressemblent au déroulement de l’instauration du nouvel ordre mondial comme s’il en était l’instigateur…

Le « Tibétain » exulte à l’annonce de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima, allant jusqu’à affirmer que c’est le plus bel événement de tous les temps. Il parle de la bombe comme d’une « libération de l’énergie divine » (en toutes lettres dans le livre « Extériorisation de la Hiérarchie » transmis par channeling à Alice Bailey). En 1937, Alice Bailey fait connaître au monde une prière ou « mantram » ésotérique : La Grande Invocation, utilisée aujourd’hui dans le monde entier par de multiples groupes. » Désormais, ce ne sont plus les grandes figures chrétiennes qui sont vénérées mais les « maîtres ascensionnés », les « archanges des différents rayons » (bleus, verts, jaune etc.), un christ nommé « Sananda », un christ cosmique « Maitreya », un certain « Ashtar Sheran », des dieux et déesses de la mythologie, des « êtres de lumière » de  « l’intra-terre » et toute une foule d’ extra-terrestres, ainsi que divers personnages bibliques tels Melchizédek, les 24 vieillards, Afra etc. Sur un plan strictement littéraire, c’est sous la plume d’Alice Bailey qu’apparaît pour la première fois l’expression « nouvel âge ». Elle écrit dans « Le Retour du Christ » en 1948 : « L’important c’est le fait de la transition dans un new-age (nouvel âge). »

La forme pensée de la Lucis Trust s’épanouit dans la mouvance nouvel Âge et le mouvement hippie créé au sein des cercles intellectuels de San-Francisco. On y retrouve des personnalités comme les frères Huxley (Aldous & Julian) et un certain Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie et de la dianétique. Ron Hubbard fut initié par le célèbre mage A. Crowley (1875-1947). A. Crowley, ancien membre de la Golden Dawn (société initiatique strictement fermée) est connu pour avoir fondé, sur l’inspiration d’un « Supérieur Inconnu », un ordre initiatique et magique. Pour lui, la drogue était un moyen de communiquer avec les anges. Conviction partagée par Aldous Huxley[3] (1894-1963), adepte de la mescaline. Huxley recommandait l’usage des champignons hallucinogènes pour élargir sa conscience, et vivre ce que les mystiques ont relaté depuis la nuit des temps. Son frère, Julian Sorell Huxley (1887- 1975), biologiste britannique, fut un théoricien de l’eugénisme, auteur et internationaliste, connu pour ses livres de vulgarisation sur la science. Il a été le premier directeur de l’UNESCO et a fondé le WWF (World Wide Fund for Nature) en 1961, organisme connu pour son symbole qui est le panda. Vers la fin de sa vie, il eut un rôle clé dans la traduction en anglais des travaux de Pierre Teilhard de Chardin.

Dans les années 60, les doctrines théosophiques passent dans le grand public. Elles deviennent très populaires et se mondialisent :

  • aux États-Unis, il en découle le mouvement hippie qui se caractérise par le refus du consumérisme, le rejet des valeurs traditionalistes et la lutte contre la guerre du Vietnam. Les hippies prônent un nouvel art de vivre, basé sur les philosophies orientales et la liberté sous toutes ses formes : cheveux longs, vêtements indiens, nudité des corps, liberté de l’amour, usage massif de cannabis et d’hallucinogènes et surtout refus de toute forme d’aliénation aux codes de la société américaine bien pensante. Dans cette veine du mouvement hippie, citons au passage l’opéra-rock « Hair » sorti en octobre 1967, dont l’un des refrains disait : « Harmonie, loyauté clarté… Sympathie, lumière et vérité… Personne ne supprimera la liberté… Personne ne fera taire l’esprit… Le mysticisme nous apportera la révélation… Et l’Homme réapprendra à penser… Verseau ! Verseau ! ». N’oublions pas le festival de Woodstock dont on a fêté le cinquantième anniversaire en août 2019. En jeans Levi’s, chemises fleuries, vestes militaires, djellabas, bijoux amérindiens, les hippies militants veulent se reconnecter à la nature. Ils se soucient du bien-être animal, font du yoga, et aspirent à plus de spiritualité en buvant les paroles de gourous indiens. Ils réclament la fin de la guerre, l’égalité des races et des sexes…
  • Avant le festival musical de Woodstock dont il nous reste la musique toujours appréciée (Joe Cocker, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Santana, Joan Baez, les Who, Creedence Clearwater Revival…), il y avait eu la création de l’Institut Esalen en 1961, au-dessus de San Francisco en Californie, fondé par Michael MacMurphy avec Allan Watts, Paul Tillich, Abraham Maslow – fondateur de la psychologie humaniste -, Carl Rogers, Carlos Castaneda ; Stanislav Grof, auteur de «Au-delà du cerveau», livre culte de la psychologie transpersonnelle ;
  • L’apparition de la Fondation Findhorn, en 1962, avec Peter Caddy et sa femme Eileen, à Findhorn en Écosse ;
  • Marilyn Ferguson effectue la synthèse des désirs de changement social qui ont caractérisé les années 1960, et des aspirations au changement de conscience typiques des années 1970 : elle publie aux États-Unis «The Aquarian Conspiracy » (La Conspiration du Verseau), livre traduit en français dès l’année suivante sous le titre « Les Enfants du Verseau », dans lequel elle prédit une « Civilisation Planétaire Idéale » qui résulterait des transformations profondes de l’homme et de la société.
  • En France, c’est Mai 1968 qui installe le changement des consciences venu du monde anglo-américain. La « bonne volonté mondiale » s’organise autour de l’idéal de « sauver la planète » et de « l’union dans l’amour ». C’est l’apparition des slogans : « faites l’amour, pas la guerre », « il est interdit d’interdire » et aussi des grands mouvements tels le féminisme, l’écologie, etc.

Aujourd’hui, la quasi totalité des écrits dits « ésotériques » ou « spirituels » diffusés dans le grand public, en particulier ceux qui deviennent des best-sellers mondiaux, sont tous issus de la même forme pensée théosophique : Da Vinci Code, Conversation avec Dieu, Paolo Coelho, etc. Ils répondent parfaitement à l’idée du « Peace and Love » des années 60, aux aspirations de ceux qui sont en quête de « paix et d’amour » (le « Bien » de la gauche politique et des préceptes mondialistes), qui recherchent le bien être et une issue favorable au monde troublé dans lequel nous vivons. Le nouvel-Âge, ses channelers et ses faux-prophètes, tant spiritualistes que politiques, comblent le vide intérieur laissé béant par les religions.

Parmi les archanges des différents rayons issus de la théosophie et d’Alice Bailey, on trouve un archange du nom de Michaël qui détient le pouvoir de guérison de la Flamme Bleue, flamme de protection psychique. Le rayon bleu qu’il porte à travers son épée, lui permet de libérer des entraves et de purifier l’astral ; il veille à ce que les anges diffusent en permanence ce rayon de volonté aux hommes. Il est toujours invoqué avec le maître ascensionné Morya, lui aussi porteur du rayon bleu. Les adeptes lui réclament essentiellement soutien, force, et protection. Il n’est jamais question de faire des efforts, de se prendre en main mais de simplement s’ouvrir à sa lumière et ses vibrations. La question vibratoire est essentielle, elle semble tout résoudre si on reste ouvert et en lâcher-prise. Des centaines de « médiums » canalisent l’archange Michaël dans le monde, lui faisant délivrer quantités de messages que l’on peut lire sur la toile ou dans les ouvrages à propos des « maîtres ascensionnés ». L’archange Michaël du nouvel Âge est investi de toutes les capacités et qualités qu’ attribue la tradition chrétienne à saint Michel. De quoi faire une confusion et croire qu’il s’agit d’un seul et même archange. Ce n’est pas le cas. Le Michaël que nous présente Alice Bailey est le reflet illusoire lunaire du grand archange solaire qu’est saint Michel.

La « doctrine du verseau », issue du monde anglo américain de la fin du 19e siècle et dans laquelle nous baignons tous aujourd’hui, est apparue dans le grand public précisément au moment où saint Michel devenait « l’esprit de notre époque ». D’après R. Steiner c’est en 1879 que l’archange a pris la succession de Gabriel qui avait été appelé à la régence à l’aube de la Renaissance. L’ère de la conscience de soi, inaugurée par saint Michel avec sa régence actuelle, est une véritable révolution pour l’homme et pour la Terre. La plupart des spiritualistes (astrologues, psychothérapeutes, guides de toute sorte, etc.) ont effectivement ressenti un changement dans l’air du temps, ce qui leur a permis d’affirmer que nous étions entrés dans l’ère du verseau, alors qu’il s’agit de l’époque de saint Michel. La confusion entre les deux est très répandue. Des milliers d’hommes sont entraînés dans la voie illusoire du verseau, ce qui, à une époque où le défi de l’humanité est de développer le discernement, semble dans l’ordre des choses. Malgré toutes les déviations, l’essentiel est qu’un intérêt sans précédent apparaît pour les sciences occultes. Le nouvel Âge n’est qu’un épisode de la grande aventure spirituelle que l’humanité va vivre dans les siècles à venir. C’est un cycle de conscience, où le grand vainqueur sera l’expérience directe et la consciente du spirituel. Devant celle-ci toutes les tendances spirituelles, plus ou moins dogmatiques ou théoriques, fussent-elles anthroposophiques, seront actualisées ou invalidées par la « pratique immédiate » de la réalité.

Différence entre théosophie et anthroposophie : les lecteurs auront sans doute compris qu’il ne faut pas confondre théosophie (Blavatsky, Besant, Bailey, etc.) et anthroposophie (R. Steiner) même si les doctrines paraissent se ressembler. Les religieux, chrétiens et catholiques, tout comme le néophyte, mettent les deux dans le même panier, les associant indifféremment au néo paganisme et au nouvel Âge. C’est là une erreur liée à une méconnaissance des deux mouvements. Certes, lorsque R. Steiner a commencé ses conférences, beaucoup de ses auditeurs étaient des théosophes et il a même écrit un livre ayant pour titre « Théosophie ». Il n’était pourtant pas théosophe lui-même. La théosophie résolument tournée vers l’orientalisme s’était coupée des sources traditionnelles de la spiritualité européenne. C’est Rudolf Steiner, né en 1861 en Autriche au sein d’une famille de cheminots, qui a redonné au mouvement son inspiration chrétienne. Enfant surdoué, il fut élève à l’École supérieure technique de Vienne où il rencontre Karl Julius Schröder (1825-1900) un professeur passionné par la poésie et les contes du folklore paysan et qui l’initie à la pensée de Goethe et à la pédagogie. R. Steiner a développé une véritable christologie occidentale, adaptée à notre temps et aux temps à venir c’est-à-dire à la conscience de l’homme telle qu’elle se développe depuis la régence de St Michel. L’anthroposophie est la science spirituelle de l’ère michaëlique ; elle responsabilise l’individu face à lui-même, face à la société et face à son origine spirituelle. Elle est née et a fleuri sur le sol européen, ce qui n’est pas le cas de la théosophie issue du sol américain… une différence essentielle !

L’ère des Poissons

 

 

À la lumière de l’anthroposophie, il apparaît que les théosophes et Paul Le Cour sont allés un peu vite : nous ne sommes pas à l’ère du verseau, mais des poissons[4]. Le système de Rudolf Steiner n’est pas le Zodiaque abstrait des astrologues tropicalistes ni le système matérialiste des sidéralistes. Son système repose sur la différence entre la constellation d’une part et son influence d’autre part qui ne sont pas au même endroit. Théorie que l’on retrouve dans la philosophie de la nature de F.W. Shelling. L’influence d’une constellation ne se fait sentir que 1080 ans après l’entrée du soleil dans la constellation. C’est comme quand on allume le chauffage dans une pièce, même si le radiateur fonctionne il ne fait pas tout de suite chaud. Également le matin quand le soleil s’est levé et est pleinement visible il ne fait vraiment chaud que quelques heures plus tard. Les commentaires indiquant une entrée dans l’ère du verseau avant 3573 auraient pour but (même si leurs auteurs n’en sont pas conscients) de précipiter l’humanité vers sa chute, en voulant lui inoculer le « soi esprit » qui doit être conquis seulement en 4653, au milieu de la véritable ère du verseau (3573-5733). Ils viseraient en effet à mettre les hommes au service de « maîtres » et à développer des méditations de groupe, contraires à la nécessaire individualisation de l’homme avant cette possibilité.

 

 

Le signe des poissons est le douzième signe du zodiaque, lié à la lame XII du Pendu dans le tarot de Marseille. Son symbole astrologique est représenté par deux poissons accolés tête-bêche, reliés par un cordon de gueule à gueule. La figure est vivante, en mouvement : une descente et une remontée. L’ère des poissons est articulée par le geste de double Conversion. Le passage de la précédente ère (le bélier) à l’ère des poissons est marqué par la Venue du Christ, symbolisé par le poisson tête en bas. Ce passage correspond au « degré 0 » du zodiaque. C’est le point tournant de l’humanité. À partir de ce point, il incombera à l’homme de se retourner vers le ciel (deuxième poisson tête en haut).

 

 

 

 

Chaque partie du corps humain est reliée à un signe astrologique. Le signe du bélier correspond à la tête humaine, celui des poissons aux pieds.

▪ La tête est la partie de l’être humain la plus proche du ciel. L’ère du bélier/tête révèle que l’homme d’avant la Venue du Christ avait encore une pensée issue du ciel. Il recevait les images offertes par les dieux dans une clairvoyance de rêve mais ne pensait pas par lui-même.

▪ Les pieds sont en contact avec la Terre. L’ère des poissons/pieds représente l’homme à partir de la Venue du Christ ayant une pensée issue de la Terre. Il est coupé du ciel, et développe par lui-même une pensée liée à la nature, à la Terre. C’est ce qu’évoque le poisson tête en bas.

▪ Mais ce poisson est attaché à un autre, qui lui a la tête en haut. Au cours de l’ère des Poissons, une fois l’autonomie de pensée acquise grâce à la Terre, l’homme devra se retourner vers le ciel. Ce sera l’heure du choix : un partie de l’humanité entamera la remontée vers le monde spirituel en consentant aux efforts pour s’élever, l’autre partie continuera sa chute, ce qui la conduira à une densification accrue et une animalisation.

▪ L’ère des poissons, de 1413 à 3573 ans, c’est 2160 ans : cela fait plus de 600 ans que nous touchons le fond, coincés dans le matérialisme du poisson tête en bas, un poisson dont la tête est en train de pourrir… Une ivresse de la Terre nous a engourdis, nous empêchant de percevoir le spirituel, nous enlevant jusqu’au souvenir de l’existence du spirituel. La carte de tarot « le Pendu » lié aux poissons agit comme un avertissement. En plaçant ses pieds vers le ciel, « le Pendu » veut nous arracher à la fascination que nous avons pour les forces enivrantes de la Terre. « Mes racines sont ici » semble-t-il nous dire ; « Je me souviens de mes origines, je suis né du divin ». C’est le moment de donner le « coup de talon » au fond pour entrer sur le chemin de la conversion. La prochaine ère du verseau correspond aux chevilles et aux jambes : la remontée vers le haut se poursuivra. Avec quel pourcentage de l’humanité ?

La première conversion était destinée au développement la pensée terrestre, la seconde est dédiée à la naissance de la pensée céleste. Si le premier retournement ne dépendait pas de l’homme, le second repose sur lui : la conversion est le geste central de l’homme de l’ère des poissons dont St Michel est l’inspirateur et le protecteur. L’ictus (le poisson) nous invite à christifier notre penser, à nous confronter au Mal en soi et autour de soi. Le Mal est lié au développement de la conscience de soi et de la liberté. C’est dans le choix qu’on expérimente la liberté. Une foule d’obstacles sont présents pour empêcher le retournement de la pensée humaine vers le spirituel. Le plus important, qui est de taille, est la fausse conception que l’homme se fait de lui-même.

La conception dualiste et l’homme bio-psychique

La dérive de l’ère du verseau influence profondément nos sociétés et notre devenir. Les seuls qui dénoncent l’erreur du nouvel Âge sont les anthroposophes et les chrétiens, plus précisément certains catholiques restés fidèles à l’Église d’avant Vatican II. Les chrétiens ne dénoncent pas tout à fait les mêmes choses que les anthroposophes, en tout cas pas de la même manière. Ce que les chrétiens expliquent est très intéressant mais finit par s’échouer sur les dogmes de la religion, ce qui coupe court à tout débat et à toute véritable compréhension. Le principal dogme religieux qui empêche de saisir la réalité spirituelle est celui de la conception dualiste de l’homme. Les chrétiens, comme la quasi totalité des occidentaux, conçoivent l’homme duel (corps-âme ou corps-esprit). Or, on n’imagine pas à quel point l’idée qu’on se fait de l’homme a une incidence sur la compréhension du monde et sur la société tout entière dans ce qu’elle a de plus pratique.

Nous sommes trinitaires, corps, âme, esprit ; nous le sommes aussi dans notre corps physique. Nous avons une tête, nous avons un système des membres et des échanges nutritifs qui nous sert dans toutes ses activités en liaison avec la Terre, et une troisième organisation entre la tête et les membres, qui est le système de la respiration et de la circulation support des relations entre nous et les autres. Nous savons grâce à notre tête que nous sommes les citoyens d’un monde au-dessus du nôtre (spirituel) ; nous reconnaissons en même temps, par notre organisation cœur et poumons, les liens qui nous relient aux autres hommes. Nous nous sentons parfaitement à notre place parmi les hommes grâce à notre système cœur poumons. Nous nous sentons par ailleurs un membre de la Terre, nous appartenons à la Terre par notre métabolisme. Cette façon de ressentir les choses comme une trinité, nous en sommes capables aujourd’hui

Le Bien et le Mal

 Tout comme on ne peut comprendre l’homme que sur un mode trinitaire, on ne peut comprendre le Bien et le Mal que sur un mode trinitaire. Le dualisme habituel qui oppose Dieu au diable, met « en haut » les puissances divines et « en bas » les puissances diaboliques est une illusion qui s’est introduite dans notre évolution spirituelle. Il en ressort que ce que nous nommons le Bien n’est pas le Bien mais un faux bien. Le véritable élément divin, le véritable Bien, disparaît dans notre conscience. On donne finalement le nom de divinité à un dieu qui, bien qu’en haut, n’en est pas un.

Le Bien n’est pas ce qui est « en haut » par opposition au Mal qui est en bas. Il naît d’une tension créatrice entre le haut et le bas, d’une résistance entre deux extrêmes. En tant qu’homme, nous oscillons sans cesse entre deux impulsions, l’une tendant à nous faire « planer », l’autre tendant à nous faire « ramper ». L’être universel, l’être proprement humain qui se trouve au milieu de ces deux polarités cherche sans cesse la position d’équilibre, et la vie consiste précisément dans le maintien de cet équilibre. Le Bien, c’est l’équilibre dynamique entre les forces opposées qui sont représentées par deux types d’entités spirituelles : pour le « haut », Lucifer (le diable) et pour le « bas » Ahriman (Satan). Car en réalité celui qu’on appelle le « diable » est double, c’est le Mal qui est duel, le Bien n’existe pas dans la dualité. Satan l’adversaire est une entité tellurique qu’il ne faut pas confondre avec cette entité cosmique qu’est Lucifer. Satan est « le prince de ce monde » de la bouche même du Christ. Quant à Lucifer (lux, lucis, lumière et ferro je porte), il fut d’abord porte lumière, un des plus élevés dans la hiérarchie angélique, le plus brillant des anges, joyau central de l’Émanation (certains en font « l’axe de la Création »). Il portait au front une émeraude hexagonale (dans laquelle le Graal sera taillé), marque de sa dignité. Lucifer et Ahriman sont des entités retardées ; ce sont les êtres des hiérarchies célestes qui pour les nécessités de l’évolution, sont restés à un stade antérieur de l’évolution relativement au stade que les autres entités de leur hiérarchie ont atteint.

C’est ainsi qu’il faut considérer le « Mal » : comme quelque chose qui est resté à l’écart de l’évolution, une force qui, dès le départ, avait une relation particulière au temps, une relation anormale. Mais ce renoncement des dieux n’a pas seulement permis l’apparition du Mal, et ainsi de l’erreur, du mensonge, de la maladie et de la mort, il a aussi permis l’apparition de la liberté humaine. Les dieux se sont délibérément créés des « ennemis dans le cosmos », des ennemis sur lesquels ils ont perdu tout pouvoir et qui ne peuvent être perçus que par nous, les humains, à travers les souffrances qu’ils nous font endurer. Nous sommes seuls capables de les reconnaître et d’un jour les libérer.

Lucifer et Ahriman

 Les évangiles, dans le texte original grec, connaissaient les deux formes du Malin qui sont appelées Diabolos et Satanas et le christianisme ésotérique du Moyen Âge distinguait clairement les deux forces qui se posaient en adversaires du Bien. Ainsi, le Christ foulant aux pieds l’aspic et le basilic est une image traditionnelle très bien représentée dans l’art français. À partir du IVe siècle, en concordance avec les conciles et la conception dualiste de l’homme, Lucifer et Ahriman sont devenus une seule et même entité. Dans sa condamnation des Gnostiques, l’Église catholique a fait un amalgame entre Lucifer (parfois accolé par les Gnostiques au nom du Christ) et Satan. Ce n’est qu’au début du 20e siècle que la connaissance polaire du Mal réapparut dans la conscience des hommes. Nous devons cela à R. Steiner, qui le premier, en janvier 1909, redécouvrit l’existence des deux sortes d’entités liées à la genèse du Mal : le mazdéisme persan (-4000) conçoit deux représentants du mal, Az (Lucifer) et Ahriman (Satan) ; Ahriman y était « Ahra mainyu », le ténébreux adversaire du clair esprit solaire « Ahura Mazdao » ; de même Mani (216-272) le conçut beaucoup plus tard dans son christianisme manichéen. Le Serpent dans le Jardin, le Séducteur, le Tentateur, c’est Lucifer. Ahriman est le Dieu de la Mort, Mammon, dieu du monde matériel, inférieur, souterrain (Hadès-Pluton). L’Apocalypse de Jean raconte qu’après avoir été terrassé dans l’Abîme, le Dragon revient sous la forme de deux Bêtes : la Bête de la Mer (à sept têtes et dix cornes) et la Bête de la Terre (à deux cornes, dures comme l’acier), cette dernière annonçant l’Antéchrist, le Démon solaire du nom de Sorat, l’antithèse absolue du Christ. Dans la mythologie égyptienne, Lucifer correspond à Set, qui tua son frère Osiris, alors qu’Ahriman emprunte les traits du Typhon. Dans la mythologie grecque, Lucifer et Ahriman correspondent respectivement aux deux périls qui menacent Ulysse dans son périple initiatique à bord du Calypso : Charybde, le tourbillon des passions, et Scylla, les écueils du matérialisme.

 

Lucifer est la première forme de Mal: il est considéré par la science spirituelle comme le prototype de l’humanité possédée uniquement par les forces du ciel (le monde spirituel). Vêtu de rouge dans l’iconographie, le diable (diabolos =  le diviseur) est de nature lunaire (c’est un ange retardé du temps de l’Ancienne Lune – l’état planétaire précédent la Terre). Lucifer qui signifie « le porteur de lumière » est le fils égaré de la Lumière primordiale, dont il a volé une étincelle. Il a insinué le désir dans l’homme originellement innocent, lui insufflant la passion et le goût de la révolte. « Seigneur des Désirs », il se cache derrière la recherche et la satisfaction des désirs pour soi-même. Avant lui, nous obéissions à l’ordre divin, comme un ange. Rien ne nous portait à nous attacher personnellement à ce qui nous entourait, à nous y précipiter avant l’heure ou à nous y attarder au-delà du temps voulu ; rien ne nous poussait non plus à faire du monde sensible notre proie. Avant Lucifer, la beauté de l’univers était l’éclat direct des êtres spirituels qui le composaient. Lucifer nous a appris à nous détacher du courant cosmique ; pour cela il a utilisé la magie et créé le mirage. Dès la morsure par le désir luciférien, nous avons été déchiré, divisé entre la fidélité à nos dieux légitimes et l’irrésistible attrait pour nos illusions personnelles ; les sensations trompeuses nous ont masqué désormais l’expression régulière de la sagesse dans le monde. « Affranchissez-vous des servitudes terrestres et vous serez comme les dieux », nous souffle Lucifer. Nous expérimentons les ardeurs fanatiques qui effacent toute raison et consument l’âme jusqu’à la démence. Nous succombons au démon d’orgueil d’autant plus dangereux que sa lumière phosphorescente nous le fait prendre pour l’exaltation du génie, la passion du bien, du beau.

Le beau et lumineux Lucifer nous fait planer ; nous le prenons toujours pour Dieu quand nous concevons le monde de façon duelle. Avec ou sans psychotropes, Lucifer nous emmène dans le paradis artificiel du « Bien » : la sagesse pré-christique (paganisme, tradition, gnosticisme…), les expériences psychiques (extase mystique, médiumnité, spiritisme, voyage astral, méditation transcendantale, etc.), la fausse liberté, la fausse tolérance, le faux altruisme, mais aussi l’idéologie communo-socialiste et/ou un monde spirituel illusoire (l’ère du verseau et le nouvel Âge). Lucifer nie le monde terrestre et les perceptions : il nous enroule sur nous-même, nous transformant en un organisme fermé qui, à l’image de l’œuf, ne veut rien avoir à faire avec le monde extérieur. Centré narcissiquement sur soi, nous nous enfermons dans une bulle psychique sans rapport avec la Terre ; coupé du réel, incapables de discerner la réalité de illusion, nous vivons dans l’abstraction (généralités), la rêverie, l’euphorie, voire l’exaltation.

 

 

Ahriman est la deuxième forme de Mal: il est considéré par la science spirituelle comme le prototype de l’humanité placée sous la domination des forces matérielles. Vêtu de noir dans l’iconographie, Satan (de satanas =  l’accusateur) est de nature saturnienne, une divinité antérieure à la séparation de la lumière et des ténèbres. Comme Lucifer s’est emparé à son profit des éthers de chaleur et de lumière, Ahriman s’est approprié les forces des éthers inférieurs et sous ses efforts le liquide et le solide ont atteint un point de condensation qui les a fait tomber au-dessous du degré prévu par les dieux réguliers, entraînant au passage l’homme et les règnes naturels. Ahriman est actif dans le cosmos partout où de la matière apparaît et il est cause que nous ne voyons plus le fond spirituel des choses, ne prenons plus le monde extérieur que pour de la matière ; et cela, non seulement à l’égard de la Terre, mais aussi des étoiles, des planètes, des comètes. Ces dernières d’ailleurs, exercent dans le cosmos une influence de matérialisation. À propos de la comète de Halley apparue en 1759, R. Steiner a dit que son influence s’était exprimée par une poussée vers le matérialisme, le refus des conceptions spiritualistes, et par la forme de rationalisme qui émergea tout spécialement chez les Encyclopédistes français. ». La Révolution française, exactement trente ans après le passage de la comète a été la manifestation terrestre de l’enfermement de l’Europe dans le matérialisme. Ahriman ne cherche pas, comme Lucifer, à se faire l’égal des dieux ; il n’a nulle nostalgie du « Bien » et du paradis perdu ; tandis que Lucifer ne peut l’oublier, et tente d’y substituer des paradis artificiels, Ahriman s’efforce de se former un monde à lui, dans lequel il puisse enfermer l’homme. Asservir l’homme, lui arracher son secret, tout ce qui rappelle son origine divine, et pour cela couper ou vider les têtes visitées par l’Idée, là est son dessein.

Le Ténébreux Ahriman nous fait ramper ; c’est lui que nous considérons être le Mal. Son action se manifeste à travers le matérialisme, le progrès technologique, l’athéisme et la négation de Dieu, ainsi que les automatismes (gestes, paroles, etc.). Le froid raisonnement, l’avarice, le désir de pouvoir et d’argent sont des manifestations ahrimaniennes. « Seigneur de la Mort et du Mensonge », Ahriman a son siège dans le système froid et incolore des os et des nerfs : il fige l’être… L’homme définitivement pris par Ahriman, c’est l’homme-machine, l’automate sans volonté, ni vie immanente, qui ne bouge et ne pense que par influence extérieure, espèce d’être artificiel sans vie organique, fait seulement d’os et de tendons. Alors que notre essence d’être humain est divine et qu’en tant que tel nous devons spiritualiser la matière (refaire le lien avec dieu), Ahriman fait en sorte que nous refusions de spiritualiser notre être et adorions la matière. Pour cela il nous donne le pouvoir de commander la matière, nous initie à la magie, nous délivre le mystère du monde minéral, nous apprend à jouer avec le vivant pour mieux nous emprisonner. Il veut faire de nous un appendice de l’ordinateur. L’Intelligence artificielle (IA), les manipulations génétiques, l’eugénisme, le transhumanisme commencent à peine. Sous l’inspiration d’Ahriman nous allons faire des découvertes inouïes (c’est dans l’ordre des choses). C’est la raison pour laquelle Ahriman est presque impossible à percevoir car il se dissimule, notamment, dans les aspects de la civilisation les plus appréciés que sont le progrès technologique et la médecine.

Lucifer et Ahriman s’entremêlent dans notre psyché et les mille voix qui murmurent à notre oreille ne sont pas toujours de bon conseil. C’est à nous de faire le tri, de discerner le vrai du faux et de veiller à ne pas nous enferrer dans le point de vue unilatéral, soit de Lucifer, soit d’Ahriman. Cet écueil est tellement important que même Jean l’évangéliste nous met en garde : « Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu : Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu. » – Jean 4:1-2. Les faux-prophètes ne sont pas seulement physiques, ils sont aussi psychiques et spirituels. Ils se glissent dans nos âmes pour nous inspirer. D’où la nécessité de toujours se demander d’où viennent nos inspirations. Surveillons l’esprit qui nous inspire, surmontons les fausses images, inspirations, illuminations ; une tâche à laquelle notre époque tout entière doit s’atteler car c’est là l’épreuve de notre temps. Il est vrai que la foule s’inquiète peu de qui lui inspire ses Hosanna, d’autant que les grandes idées de notre époque semblent aller dans le même sens que les aspirations de St Michel, mais vont-elles vraiment dans le même sens ?

Pour toucher le cœur des hommes saint Michel doit traverser l’astralité de l’âme humaine, occupée peu ou prou par Lucifer. D’où la confusion qui peut s’installer, les hommes prenant les murmures lucifériens pour des inspirations michaëliques. C’est le cas pour « l’archange Michaël du rayon bleu » canalisé par A.Bailey. Quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que le discours du Michaël luciférien est unilatéral, qu’il ne tient compte que du ciel. Pour le cosmopolitisme par exemple, le Michaël du rayon bleu nous délivre des messages disant que nous sommes tous frères puisque tous des êtres cosmiques, mais omet de dire que nous sommes aussi des êtres terrestres. C’est l’hérésie monophysite qui nie l’existence de la nature humaine et affirme seulement la nature divine. Une hérésie car dans la vie, deux natures nous sont données : Dieu et l’homme.

Les « corrupteurs » (Lucifer et Ahriman) nous ont déséquilibré en nous ôtant le centre. Nous sommes prisonniers de la dualité. Lucifer se pose en sauveur, il nous propose le retour à l’unité mais son unité à lui : voir le monde uniquement à partir du ciel et ne pas tenir compte de la Terre. Au ciel l’humanité est UNE, d’où la doctrine de la « non-dualité » si présente dans le nouvel-Âge et la politique de gauche mondialiste. La notion de Bien et de Mal disparaît. L’idéal serait aussi la disparition de toutes les langues, et que l’humanité n’en parlât plus qu’une seule pour que les hommes puissent se comprendre. La gestion des affaires humaines sera remise à un gouvernement mondial, dont la sagesse reflétera les espoirs de l’humanité tout entière… La Nouvelle Pensée de « non-dualité » descend et donne de la substance à notre Nouvelle Terre … Nous sommes invités à faire le vide de nos pensées pour faire place à celles des autres, et à cultiver la passivité de la pensée, ouvrant ainsi la porte au contrôle démoniaque direct. Les êtres spirituels sont fréquemment représentés accompagnés de flèches, de lances, d’éclairs ou d’épées, rappelant encore saint Michel et son épée. La contrefaçon est presque parfaite…

Ahriman est à l’opposé de Lucifer. Lui aussi propose le retour à l’unité mais son unité à lui : voir le monde du seul point de vue de la Terre et de la matière. L’homme éternellement jeune, puissamment intelligent, maître de la Terre grâce à la machine.

En réalité, on ne peut atteindre l’unité à partir du DEUX mais seulement à partir du TROIS, de la trinité. Nous ne pouvons comprendre le monde qu’en fonction du nombre trois. Car entre l’élément luciférien d’une part et l’élément ahrimanien de l’autre, nous occupons la position médiane, celle du troisième, et nous devons ressentir que notre nature d’homme porteur du Christ se trouve en équilibre entre les deux autres. En nous plaçant au milieu, en tant que représentant de l’humanité, avec, au-dessus de nous Lucifer et, en dessous Ahriman, tous les trois réunis, cela nous donne notre unité. Nous sommes trinitaire par définition (corps-âme-esprit) et nous ne pouvons nous comprendre autrement. Ce n’est pas une théorie, cette façon de voir les choses est absolument conforme à notre réalité vivante. Notre raison d’être est de maintenir le fléau de la balance en équilibre entre un plateau qui tend à élever (Lucifer) et un plateau qui tend à baisser (Ahriman).

L’idée d’un monde organisé d’après le monde trois est presque entièrement dissimulée par la conception dualiste ; les forces lucifériennes et ahrimaniennes font tout pour masquer à l’humanité le secret du nombre trois car si l’homme le découvre et devient capable de prendre la position centrale, d’établir l’équilibre entre les deux, les forces des obstacles perdent leur pouvoir.

Le vrai Bien, c’est l’équilibre. Cet équilibre n’est jamais établi une fois pour toutes, il doit être créé à chaque instant, il est vivant, en mouvement. Les forces du Mal sont donc utiles, et même nécessaires ; ce sont des énergies créatrices, mais qu’il faut savoir utiliser d’un point de vue humain ; c’est-à-dire utiliser pour les fins bénéfiques de l’univers, la tendance libératrice et élevante de Lucifer ; et faire de même pour ce qui vient d’Ahriman.

Le rôle de Michaël : mettre en balance Lucifer et Ahriman

La dualité nous prive du pouvoir de ce qui est équilibré. L’homme bio psychique dont la troisième dimension (l’esprit) n’est pas éveillée, reste enfermé dans la dualité. Il se trouve sans cesse projeté dans les voies unilatérales du Bien et du Mal. Il en ressort que ce qu’il appelle Dieu ou le Bien, c’est toujours Lucifer et le Mal Ahriman ou Satan. Le vrai Bien, le cœur de l’homme, le Christ, n’apparait pas.

« Le Michaël psychique de la synarchie des Maîtres ascensionnés » décrit par Alice Bailey nous fait planer, nous déconnecte des réalités terrestres, bref créé un déséquilibre dans notre psychisme. Ce n’est pas une entité spirituelle régulière mais une entité retardataire (luciférienne). Le vrai St Michel, christique celui-ci, auquel l’esprit de l’homme est relié, est la manifestation même de l’équilibre. Il nous montre la voie, nous apprend à « tenir balance », garder la mesure, l’équilibre entre les forces du ciel et de la Terre, entre Lucifer et Ahriman, entre s’envoler et ramper. Les démons sont privés du pouvoir de ce qui est équilibré, puisqu’ils ne connaissent que la dualité. St Michel œuvre au service de la trinité pour qu’elle apparaisse dans notre conscience ; que nous puissions conquérir le pouvoir de ce qui est équilibré et ainsi trouver le Christ. N’oublions pas que Michaël signifie la face de Dieu, la face du Christ, c’est lui qui marche devant le Christ. Il faut trouver Michaël pour trouver le Christ.

Saint Michel est le prince de l’équilibre, le champion de la trinité. Il nous soutient pour aller à contre-courant des conditions favorisant Lucifer et Ahriman.

  • Tous ceux qui disent qu’il suffit de se protéger de Lucifer et d’Ahriman ont la même attitude que les gens qui veulent monter une échelle, sans veiller à ce qu’elle soit en équilibre. Ainsi, nous savons qu’il n’y aurait pas d’art si l’élément luciférien n’avait pas joué son rôle dans le monde et qu’il n’y aurait pas d’observation et de compréhension de la nature si l’élément ahrimanien n’avait pas joué le sien. C’est une question d’équilibre à établir dans nos cœurs. En réalité nous nous faisons d’autant plus les proies de Lucifer et d’Ahriman quand nous voulons les rejeter. Nous ne pouvons pas lutter contre la réalité. Quand on veut échapper à Lucifer on tombe dans les mains d’Ahriman et quand c’est Ahriman qu’on veut éviter, on se fait récupérer par Lucifer (par exemple on passe de l’exaltation à la dépression pour retourner dans l’exaltation puis la dépression). Le but est de trouver l’équilibre, de ne craindre ni l’un ni l’autre, et d’avoir assez de courage pour affronter à la fois la peur et l’espoir ou le désir.
  • Si nous faisons l’effort de connaître, d’étudier la science spirituelle, il nous inspire et nous aide à dissocier les deux compères. Lucifer et Ahriman travaillent main dans la main. Ils se confondent tellement que même l’Église a pu les réduire en une seule entité qu’elle appelle indifféremment le diable ou Satan. C’est ce qui permet aux deux entités d’agir tranquillement. Dès que nous saurons les distinguer l’une de l’autre nous pourrons trouver la troisième voie. C’est en toute conscience que nous devons apprendre à connaître les trois impulsions fondamentales et leur évolution ; celle de Lucifer, celle du Christ et celle d’Ahriman. Le couple Lucifer/Ahriman nous force indirectement à exercer notre discernement et notre libre arbitre, donc à développer notre force spirituelle. Nous ne devons pas rechercher leur présence inutilement ni les éliminer trop rapidement – ce qui en réalité est impossible. Nous ne pouvons que travailler de manière constante à les distinguer l’un de l’autre pour trouver le juste milieu, le Christ, soit notre vraie libération. On ne peut agir aujourd’hui de manière michaélique qu’à partir d’une compréhension de cette tripartition. Nous devons nous « michaéliser » et notre âme s’unir « jusque dans ses tréfonds » à l’être de Michaël pour agir consciemment dans le monde.
  • Luttons contre les puissances ahrimaniennes en contrant l’intellectualisme, en faisant l’expérience des idées que l’on expose au lieu de simplement les démontrer ; controns le matérialisme en interprétant tout ce qu’on voit sur Terre comme une émanation d’entités spirituelles. Exerçons cet équilibre très concrètement grâce à différents exercices de méditation mais aussi plus généralement en suivant un chemin de connaissance de soi. Dans l’anthroposophie, ce chemin de connaissance de soi passe inévitablement par une confrontation au Mal sous ses deux aspects, par la recherche d’un équilibre entre ces deux pôles et par le développement de capacités de discernement permettant de reconnaître des forces qui tirent leur puissance de ce qu’on ne les démasque pas.

 

[1] Au II° siècle avant Jésus-Christ, l’astronome grec Hipparque – fondateur de l’astronomie de position – découvre la précession des équinoxes : du fait d’une imperceptible rotation polaire de la planète, le soleil recule « virtuellement » tous les 72 ans, au point vernal (c’est-à-dire à l’équinoxe du printemps) d’un degré sur le cadran virtuel des douze signes du zodiaque, qui sont répartis sur les 360° de la voûte céleste. Chacun de ces signes comprenant donc 30 degrés (12 x 30 = 360), le soleil entre tous les 72 x 30 = 2.160 ans, à reculons, dans un nouveau signe astrologique. Cette « marche à reculons » du soleil est ce que les astronomes appellent la précession des équinoxes, qui s’étire donc au total sur 12 x 2.160 = 25.920 années. Les astrologues se sont emparés de cette réalité astronomique pour définir des « ères » de 2160 ans, correspondant chacune à un signe du zodiaque, marquant tour à tour une phase particulière de l’évolution de l’humanité. Cette lecture de l’histoire des civilisations, connue depuis la nuit des temps, est aujourd’hui réinterprétée selon les cycles astrologiques, rencontre un succès grandissant au sein des mouvements nouvel âge.

[2] « Canalisation » vient de channeling, terme américain de la littérature nouvel Âge désignant un procédé de communication entre un être humain et une entité appartenant à une autre dimension (ange, « maître ascensionné », entité du plan astral, défunt ou divinité, extraterrestre, etc.). Apparenté à la notion de médiumnité en vogue à la fin du 19e siècle au sein du mouvement spirite, le channeling recoupe une thématique très ancienne d’expériences visionnaires : chamanisme, prophétisme, etc.

[3] Les Portes de la perception, publié en 1954 ; également auteur du très célèbre ouvrage Le Meilleur des mondes (Brave New World), roman d’anticipation rédigé en quatre mois à Sanary-sur-Mer dans le sud de la France. Il paraît en 1932.

[4] Voir l’ouvrage de Christian Lazaridès, Vivons-nous les commencements de l’Ère des Poissons ?, Ed. Anthroposophiques Romandes, 1989.

[5] Le Seuil 1993, p.48.

 

 

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